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Nicolas Pécheux : Penser le re-tour

  • nicolaspecheux
  • Apr 7, 2021
  • 3 min read

C’est unanime. Rien ne remplace la présence d’un professeur face à une classe. Lorsque sera venu le temps de réfléchir à une rentrée, j’entends celle de septembre que l’on espère moins floue et plus durable, il y aura sûrement à préparer une école d’après dans laquelle la place de l’enseignant pourrait être re-pensée. C’est une vision utopiste au sens premier du terme puisqu’elle n’a pas encore de lieu mais y réfléchir au plus vite me semble nécessaire alors, rêvons un peu.


On peut d’abord imaginer qu’il va donc falloir ré-investir une présence. Dans ce domaine, comme dans beaucoup, on se permet de penser, comme Jourdan, qu’il ne suffit pas « d’être là pour y être » (Jourdan, 2018). Revenir ne suffira donc pas pour être présent. C’est, comme elle l’explique, une vision clinique du métier liée à la subjectivité de chacun, qu’on pourrait adopter dans une « présence à », présence à soi, présence aux autres et donc à l’élève. Il y a ce qu’on donne à savoir mais aussi ce qu’on donne à voir, à entendre, à ressentir et ce qu’on représente pour l’autre. On a bien vu en ces temps de crise en quoi une voix, un écrit pouvaient être contenants pour les élèves à l’intérieur d’un espace contraint par le confinement. En sus d’une sécurité sanitaire primordiale, les élèves auront plus que jamais besoin de lien mais de lien de qualité. La bienveillance, qu’on peut ici comprendre dans le sens de « veiller » le mieux possible sur chacun, est plus que jamais nécessaire.


Celle-ci ne peut néanmoins pas se penser de manière isolée. Arrive alors la nécessité de re-faire équipe. Je sais que c’est une gageure de l’affirmer dans l’Education nationale puisqu’on s’en plaint souvent, mais en cette période, les réunions (même virtuelles) ont cruellement manqué et manquent encore. Du même coup, parfois, sans cohésion, la cohérence a manqué. En cela, comme Prairat le rappelle, une profession n’est ni une association, ni une communauté, elle se réunit par ce qu’elle a « à faire ensemble, ici et maintenant. » (2019 : 322). Qu’est-ce qui réunit des enseignants ? L’acte d’enseigner. C’est donc un défi collectif pédagogique qui nous attend.


Car revenir en septembre pourrait, si on le veut bien, être un moyen de re-réflechir à une démarche d’apprentissage/enseignement qui ne découvre pas les inégalités sociales mais y fait face. Confinés, les élèves n’ont pas manqué et ne manquent pas seulement d’explications. Ils manquent d’explicitation. Il faut lire les recherches de Rayou, Bautier et autres. Ils nous montrent depuis des années déjà la nécessité de rendre pour tous, surtout pour les élèves les plus en difficulté, les savoirs plus explicites face au registre scolaire qui n’a rien d’évident. Pour certains élèves, l’école est un chemin semé d’embûches (linguistiques, cognitives, etc.). Ainsi, lorsqu’il n’y a plus de chemin ou qu’il devient seulement virtuel, les inégalités s’accroissent.


Une réponse possible à ces défis de rentrée : se res-servir de ce qui a été élaboré par nous tous, individuellement et pour les élèves au cours de cette période. Ce qui frappe le plus dans les démarches didactiques distancielles du moment, c’est finalement l’inventivité avec laquelle les professeurs ont cherché à faire collaborer ou coopérer les élèves entre eux. Ce n’est pas nouveau (Freinet était né en 1896). Ce n’est pas la vérité non plus. Toutes les phrases avec le mot pédagogie en leur sein, doivent se terminer par un point d’interrogation mais tout ce qui pourra contribuer à recréer du collectif tout en tendant vers un enjeu d’apprentissage de qualité apparait aujourd’hui comme nécessaire.


Pour finir, la rentrée, la vraie, sera un moment crucial dans le sens, où, plus que jamais, nous nous retrouverons au milieu du gué. Ou bien, on ne considérera un retour qu’à travers le même sans rien de nouveau ; ou bien, nous parviendrons, dans les conditions qui seront ce qu’elles seront, à re-rentrer dans une école sécurisante pour tous parce que, d’une part ses dirigeants (pas nous) auront pensé la sécurité sanitaire qu’ils nous doivent et que d’autre part ses acteurs feront face aux réalités connues en s’appuyant sur la recherche et la formation. Continuons de rêver et de penser que, c’est peut-être vraiment cela, se ré-inventer.


Nicolas Pécheux. Professeur de français au collège Beau Soleil à Chelles (77) et formateur PAF.


Ouvrages et articles cités ou évoqués :


Bautier, É., Rayou, P. (2013). Les inégalités d’apprentissage : Programmes, pratiques et malentendus scolaires. Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France. doi:10.3917/puf.bauti.2013.01.

Jourdan, I. (2018). Présence de l’enseignant en classe. Dans Recherches & éducations [En ligne], HS | 2018 URL : http://journals.openedition.org/rechercheseducations/5958

Prairat, E. (2019). Propos sur l’enseignement. Paris, France : Presses Universitaires de France.


Article inédit écrit à l'occasion de la rentrée de septembre 2020

 
 
 

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